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AnalysePar WhaTools15 septembre 2026Mis à jour le 29 octobre 20266 min de lecture

VOX devient le parti le plus suivi d'Europe sur WhatsApp en douze jours : soupçons de faux abonnés ?

En douze jours, le canal de VOX est passé de la quatrième à la première place parmi les partis européens que nous suivons, de 39 000 à 82 000 abonnés. Mais les réactions et les transferts par publication n'ont pas suivi, le schéma qui trahit d'ordinaire une audience gonflée.

Le canal officiel de VOX s'appelle "Santiago Abascal". C'est le canal personnel du chef de VOX, vérifié, et dans les faits il sert de porte-voix principal du parti sur WhatsApp, puisqu'ils en font la promotion sur leur site et leurs réseaux. Le 28 août, quand nous avons commencé à le relever chaque jour, il affichait 37 738 abonnés et c'était le quatrième parti d'Europe par le nombre d'abonnés parmi ceux que nous suivons, derrière le Mouvement 5 étoiles italien, Die Linke et la Ligue. Douze jours plus tard il frôle les 82 000 et il est premier. Il a dépassé la moitié de l'Europe en un peu plus d'une semaine et demie.

Voir le classement des partis espagnols sur WhatsApp → Regardez à quelle place se situe VOX et comment évoluent les autres partis, avec des chiffres à jour.

Un bond pareil mérite qu'on s'y arrête. Nous nous y sommes arrêtés, avec tout ce que nous avons, et il y a deux façons de le lire. L'une : la crise de Ceuta a poussé des dizaines de milliers de personnes à suivre le canal. L'autre : une bonne partie de ces nouveaux abonnés ne se comporte pas comme le public déjà présent. Les chiffres ne nous donnent pas de verdict, mais ils penchent plutôt vers la seconde.

Chez WhaTools, nous suivons les canaux WhatsApp officiels de tous les partis d'Europe et relevons périodiquement leurs chiffres publics d'abonnés. Tous les relevés d'abonnés cités ici figurent dans le jeu de données ouvert. Ceux de l'interaction par publication, non : ceux-là, nous les avons comptés à la main pour cet article, et nous expliquons comment plus bas.

Deux graphiques partageant le même axe temporel, du 28 août au 13 septembre 2026. En haut, les abonnés du canal de VOX passent de 37 738 à 81 697 puis se stabilisent. En bas, les réactions par publication restent dans la même fourchette, de 250 à 1 000, sur toute la période.
Les abonnés doublent presque en douze jours, mais les réactions par publication ne suivent pas. WhatsApp plafonne le nombre de réactions à « 1K », donc les publications les plus fortes sont sous-estimées. Source : jeu de données ouvert de wha.tools et interaction comptée à la main.

La montée

C'est la partie qui se mesure toute seule. Depuis que le canal est relevé chaque jour, le chiffre a évolué ainsi :

DateAbonnésVariation
28 août37 738
29 août39 206+1 468
3 sept.57 590+18 384
5 sept.64 929+7 339
7 sept.72 659+7 730
10 sept.81 263+8 604
11 sept.81 842+579
13 sept.81 871+29
15 sept.81 851−20
16 sept.81 697−154

Cette montée d'abonnés est, d'emblée, anormale. Pendant près de deux semaines, le canal ajoute entre 3 000 et 4 000 abonnés par jour, l'un après l'autre, presque en ligne droite. Puis, autour du 10 septembre, elle s'arrête net. De milliers par jour à presque rien, sans transition.

C'est cette forme qui fait réfléchir. Quand une actualité fait vraiment décoller un canal, la courbe grimpe d'un coup puis redescend peu à peu, à mesure que le sujet retombe. Elle monte comme une fusée et atterrit en planant. Ici, pas de plané. Il y a une rampe régulière de douze jours et un coup de frein. Une montée aussi régulière qui s'arrête aussi sec colle mieux avec quelque chose qu'on allume et qu'on éteint automatiquement.

De la quatrième place au sommet de l'Europe

Ces 42 000 abonnés ne font pas que doubler le canal : ils le placent en tête. Nous suivons les canaux officiels des partis de toute l'Europe, et fin août VOX était quatrième par le nombre d'abonnés, derrière le Mouvement 5 étoiles italien, Die Linke et la Ligue. Le 15 septembre, il est premier.

RangFin août15 septembre
1Mouvement 5 étoiles (IT), ~77 000VOX (ES), 81 851
2Die Linke (DE), 60 831Mouvement 5 étoiles (IT), 76 976
3Ligue (IT), 50 232Die Linke (DE), 62 658
4VOX (ES), 39 206Ligue (IT), 49 981
5Italia Viva (IT), 34 455Italia Viva (IT), 34 325

Précisons ce que veut dire "d'Europe" : premier parmi les partis que nous suivons, quelque soixante-quinze avec un relevé d'abonnés. Notre couverture est complète dans des pays comme l'Allemagne et inégale ailleurs, ce n'est donc pas un recensement de chaque parti du continent. Et VOX mène de peu : environ 5 000 abonnés devant le Mouvement 5 étoiles. Même avec ces réserves, le mouvement est énorme. Le reste du tableau bouge de quelques centaines d'abonnés par semaine ; VOX en a engrangé des dizaines de milliers dans le même laps de temps et il a sauté par-dessus trois partis installés. Un parti ne passe pas d'ordinaire du milieu de tableau au sommet du continent en douze jours comme ça.

Ceuta explique une partie, mais pas tout

L'explication facile, c'est Ceuta. Les messages du canal ces semaines-ci portent presque tous là-dessus : la crise, le gouvernement, les chiffres de la sécurité. C'est du contenu très chargé, de ceux qui circulent. Et une partie de la montée est sans doute réelle : un sujet pareil amène de vrais abonnés.

Le contenu sur Ceuta démarre à la mi-août, mais le tronçon le plus fort de la montée que nous mesurons précisément arrive la première semaine de septembre, des semaines après le pic de l'actualité. Pour la mi-août, nous n'avons que des relevés épars récupérés sur Internet Archive, donc impossible de reconstituer heure par heure ce qui s'est passé alors. Ce que nous mesurons proprement, à partir du 28 août, c'est une montée qui ne suit pas le cycle de l'actualité : elle vient après lui, et avec une régularité étrange.

Rien de tout cela ne prouve quoi que ce soit à soi seul. Mais quand le moteur censé expliquer la montée (l'actualité) était déjà en baisse alors que la montée continuait à plein régime, il vaut la peine de regarder l'autre versant : ce que ces gens nouveaux font une fois qu'ils suivent le canal.

Ce qui n'a pas monté : l'interaction

C'est ici que ça devient intéressant, et là qu'il faut avancer prudemment, parce que les données d'interaction de WhatsApp ont un piège.

WhatsApp affiche les réactions et les transferts de chaque publication, mais il plafonne le chiffre à "1K". Toute publication à 1 000 réactions ou plus apparaît comme "1K" tout court, sans dire si c'est 1 000 ou 1 300. Sur les publications les plus fortes, on ne voit donc pas le vrai plafond. Pour ne pas nous tromper, nous n'avons comparé que les publications dont le chiffre s'affiche en entier, sous mille, aux deux bouts de la période.

Avec cette règle, voici ce qui ressort :

  • Avant la montée (canal à ~37 000 abonnés) : les publications non plafonnées font en moyenne 510 réactions. Soit 13,8 réactions pour 1 000 abonnés.
  • Sur le plateau (canal déjà à ~82 000) : elles font en moyenne 772 réactions. Soit 9,4 pour 1 000 abonnés.

Autrement dit : les abonnés ont été multipliés par 2,2, mais les réactions (en ne comptant que ce qui s'affiche en entier) par 1,5. L'interaction par abonné a baissé de près de 30 %, de presque 14 à moins de 10 pour mille.

Les transferts, qui coûtent plus qu'une réaction parce qu'ils supposent de sortir le message du canal pour le mettre dans une discussion, vont encore plus mal. La moyenne des transferts non plafonnés ne monte même pas avec l'audience : elle reste à 539, sous les 655 d'avant la montée. Par abonné, le transfert s'effondre de presque 18 à moins de 7 pour 1 000.

En clair : environ 42 000 nouveaux abonnés sont arrivés, et le canal ne réagit ni ne transfère comme il le faisait avec deux fois moins de monde. Si ces 42 000 étaient le même genre de public que celui qui suivait déjà Abascal, on s'attendrait à ce que l'interaction grimpe à peu près au rythme des abonnés. Elle ne l'a pas fait.

Graphique en courbes depuis le 12 août 2026 avec les trois séries indexées à 100 le 28 août. Les abonnés démarrent le 28 août et grimpent jusqu'à environ 217. Les réactions et les transferts, depuis le 16 août, restent dans une fourchette de 70 à 175 sur toute la période.
Avec les trois séries sur un même axe : les réactions et les transferts par publication étaient déjà dans leur fourchette avant la montée et y restent, pendant que les abonnés décollent. Base 100 = 28 août 2026.

Pourquoi cela oriente vers de faux abonnés

Un faux abonné, acheté ou gonflé, fait une chose : il ajoute au compteur. Il ne réagit pas, ne transfère pas, n'interagit pas. Quand il en entre beaucoup d'un coup, le résultat est exactement ce qu'on voit : le nombre d'abonnés monte et l'interaction reste plate, donc l'interaction par abonné baisse.

C'est le schéma classique d'une audience gonflée, et ici les deux signaux qui vont d'habitude ensemble apparaissent en même temps : une courbe de croissance trop régulière qui s'arrête net, et une interaction qui ne tient pas le rythme du compteur. Pris séparément, chacun a des explications innocentes. Ensemble, et sur les deux mêmes semaines, c'est plus dur de les balayer.

WhatsApp devient le nouveau terrain de jeu en ligne des partis politiques. La semaine dernière, nous avons analysé la situation en Allemagne, où WhatsApp pèse dans la société et, par ricochet, dans les élections des prochaines semaines à Berlin. La course à WhatsApp ne fait que commencer sur le terrain politique et électoral. Nous avions analysé les techniques que Bolsonaro a employées pour "spammer" des milliers ou des millions de personnes sur WhatsApp. Aujourd'hui ce spam n'est plus si facile à obtenir : Meta (propriétaire de WhatsApp) resserre ses systèmes anti-spam, et c'est pour cela que les partis misent davantage sur leurs propres canaux vérifiés et une constellation de groupes et de communautés. Au Brésil, où est né ce mode d'emploi de 2018, le PT a désormais presque deux fois plus d'abonnés que le PL sur WhatsApp.

Mise à jour du 29 octobre : à un mois du scrutin, la chaîne de VOX ne bouge presque plus, tandis que deux chaînes de gauche décollent avec une croissance qui a l'air organique. Nous les comparons dans Comment le PSOE et Frente Amplio copient la stratégie de Lula sur WhatsApp.

Comment nous avons fait cette analyse

Rien de tout cela n'est une preuve, et il serait malhonnête de le vendre comme telle. Il y a trois raisons solides de freiner avant de conclure :

D'abord, le plafond de "1K". Comme nous ne voyons pas les chiffres élevés, il se peut que l'interaction réelle des publications les plus fortes ait monté plus que ce que nous pouvons mesurer. Notre calcul s'en tient à ce qui s'affiche en entier, et cela laisse dehors justement les meilleures publications.

Ensuite, et c'est le plus important, l'effet Ceuta sur la base déjà présente. Une crise de cette intensité n'amène pas que des abonnés nouveaux : elle énerve les gens qui suivaient déjà le canal et les fait réagir davantage. Toute la montée d'interaction que nous voyons pourrait venir des 37 000 habitués qui réagissent deux fois plus à cause de la crise, sans qu'aucun des nouveaux ne bouge le petit doigt. Avec les données dont nous disposons, ce scénario et celui des faux abonnés donnent des chiffres presque identiques, et nous n'avons aucun moyen de les distinguer de l'extérieur.

Enfin, WhatsApp n'est ni Twitter ni Instagram. Suivre un canal exige un compte avec un vrai numéro de téléphone, donc le marché des faux abonnés y est plus petit et plus cher qu'ailleurs. Ce n'est pas impossible, mais ce n'est pas non plus aussi simple que de commander 40 000 abonnés pour quatre euros.

Il y a deux façons de transformer le soupçon en réponse, et aucune n'est encore dans ces données.

La propre, ce sont les vues par publication, que WhatsApp affiche aussi. Si les vues avaient doublé avec les abonnés, les nouveaux sont de vraies personnes qui ouvrent au moins le canal. Si les vues sont restées où elles étaient pendant que le compteur doublait, cela n'a plus de lecture bienveillante. Nous ne les avons pas relevées ; c'est la prochaine chose à regarder.

L'autre, c'est d'attendre. Quand Ceuta sera complètement retombée, si l'interaction revient aux niveaux d'août pendant que le compteur reste bloqué à 81 000, nous saurons que la montée des réactions était l'ancienne base secouée par la crise, et que les 42 000 nouveaux sont, au mieux, un public endormi. Nous suivons ça.

Les chiffres d'abonnés viennent de la page d'aperçu public du canal, relevée périodiquement ; depuis le 28 août, chaque jour. Les points antérieurs à la mi-2025 sont récupérés sur des captures d'Internet Archive et sont arrondis. Tout cet historique est ouvert sous licence CC BY 4.0 dans le jeu de données.

Les données d'interaction sont différentes, et il vaut mieux le dire clairement : elles ne font pas partie du jeu ouvert et ne viennent d'aucun relevé automatique. Pour cet article, nous avons compté à la main les réactions et les transferts des 56 publications du canal entre le 28 juillet et le 12 septembre, telles que WhatsApp les affiche, avec la limite de "1K" que l'application impose elle-même. C'est une photo d'un seul canal faite pour ce reportage, pas une série que nous tenons à jour. N'importe qui peut refaire le compte en ouvrant le canal.

Télécharger les données

Les deux jeux de données derrière cet article, en CSV :

Questions fréquentes

Combien d'abonnés WhatsApp a VOX ?
Le canal de Santiago Abascal, qui fait office de canal principal de VOX sur WhatsApp, affichait 81 697 abonnés le 16 septembre 2026. Fin août, il tournait autour de 38 000.
VOX est-il le parti le plus suivi d'Europe sur WhatsApp ?
Dans notre jeu de données, oui. Le 15 septembre 2026, son canal est premier par le nombre d'abonnés parmi les partis européens que nous suivons, devant le Mouvement 5 étoiles italien et Die Linke. Fin août, il était quatrième. C'est le premier parmi les partis que nous suivons, pas un recensement de chaque parti du continent, et il devance le deuxième d'une faible marge.
VOX a-t-il acheté de faux abonnés ?
Nous ne pouvons pas l'affirmer. Ce que montrent les données, c'est une croissance très inhabituelle (presque le double en douze jours, avec une courbe trop régulière qui s'arrête net) et une interaction par abonné qui baisse au lieu d'accompagner la montée. Ce schéma est compatible avec des abonnés gonflés, mais aussi avec une hausse réelle déclenchée par la crise de Ceuta. Avec les données publiques disponibles, la question ne peut pas être tranchée.
Pourquoi l'interaction aide-t-elle à repérer de faux abonnés ?
Un faux abonné ajoute au compteur mais ne réagit ni ne transfère. Quand il en entre beaucoup, l'interaction par abonné baisse. Sur ce canal, les abonnés ont été multipliés par 2,2 et les réactions visibles seulement par 1,5 ; les transferts n'ont même pas monté.
D'où viennent ces données ?
Les chiffres d'abonnés, du jeu de données ouvert de wha.tools, sous licence CC BY 4.0. Les données d'interaction par publication ont été comptées à la main pour cet article à partir du canal lui-même, et ne font pas partie du jeu ouvert.